Le monde finit de s’écrouler.
J’en suis l’instigateur. Involontaire, bien que d’autres soutiennent le contraire.
Ils ont sans doute raison.
Je me voile la face. Encore et encore. Depuis l’arrivée de la crise, je cherche une échappatoire. Moi, l’être le plus haï de la planète, le scientifique devenu paria, celui qui se cache dans son bunker d’après-guerre. De toute mon âme, j’espère toujours. Identifier la cause de l’anomalie, trouver la solution, un remède au mal que j’ai libéré : la Sève Ignée.
Face à moi, la dernière forêt d’altitude achève de se consumer. Les volutes de fumée s’élèvent en tourbillons de braises. Leur rougeoiement s’estompe, et meurt. Meurt comme l’humanité qui, au-delà de notre simple condition, donne le tempo d’une fin généralisée.
Ne reste qu’un vent de cendres qui retombent sur mon visage. Mes larmes creusent des sillons dans cette couche grise de désarroi. Je titube, m’appuie à la carrosserie de mon visioptère et pleure sans retenue. Mes pensées s’entrechoquent, celles d’une vie bâtie sur l’espoir, avant la déchéance, la longue descente aux enfers. L’enfer d’un monde végétal qui s’éteint. Non. S’embrase. Un terme plus approprié.
Un soupir franchit mes lèvres. Je baisse le masque qui me couvre le visage et respire cet air d’apocalypse. Qu’importe sa nocivité, car ce paysage de désolation reflète la chute de mes ambitions. Celles d’un individu passé du statut de sauveur à celui d’ange déchu.
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