Une histoire de SF dont les débuts remontent aux origines de la création pour s'achever dans un futur indéterminé.
Longtemps avant.
Je me rappelle.
À moins que ces souvenirs épars ne soient qu’une nouvelle trahison d’une mémoire dont le fil s’étiole inexorablement. Ne me restent à ce stade que des images fragmentaires de mon existence passée. Je m’y accroche pour ne pas sombrer dans l’oubli. Car mon histoire remonte au-delà des brumes du temps, à une époque où l’univers entamait son expansion prolixe. Je suis né de cette explosion primordiale, conçu par la Mère Créatrice, celle à la base de tout.
En moi s’entrechoquent les tachyons d’une mémoire inaltérable, celle qui conserve à jamais le fil des âges. Pendant des éons, je me suis abreuvé jusqu’à plus soif à la lumière de mille soleils, baigné dans la queue photonique des comètes errantes. À travers les galaxies, j’ai vu grandir et périr des milliers de mondes, voyagé là où nul n’osait s’aventurer avant moi.
J’ai regardé les étoiles émerger de l’effondrement gravitationnel de molécules et de poussières, écouté leur chant glorieux s’élever jusqu’à finir en râle explosif de supernova. J’ai observé les embryons de protoplanète se former, s’affronter pour exister. J’ai assisté à leur union cataclysmique capable de donner naissance à d’immenses sphères gazeuses ou de solides globes telluriques. Au chevet du cosmos, observateur attentif de ce concerto céleste, j’étais l’enfant béni de la Création, immuable, immortel.
Plus vif qu’un photon, je glissais dans le froid intersidéral impuissant à m’atteindre. Ma forme parfaite recelait le brasier d’un quasar et ses pulsations d’énergie battaient à l’unisson du pouls stellaire. Bien que vagabond de l’infini, je sentais au fil de mes pérégrinations naître le besoin irrationnel de participer à l’écheveau tissé par Mère. Je désirais faire partie de son grand tout.
De jeune trublion galactique, je m’improvisais découvreur, en quête de l’étincelle de vie égarée au milieu de cette trame de possibilité. Je n’en restais pas moins discipliné, car la mission que je m’étais confiée nécessitait assiduité et méthodologie pour déceler la planète idoine.
Et je l’ai trouvée après une éternité d’errance.
...