Après l'Effondrement, s'adapter aux températures démentielles du réchauffement climatique demande quelques sacrifices...
Les muscles saillaient sous une peau aux reflets métalliques. L’épiderme garni de poils argentés renvoyait la pâleur des néons et révélait l’anormalité d’une vie corrompue par main d’homme. Un monstre créé de toute pièce.
Un mutant.
Inconscient, il flottait dans un liquide amniotique de synthèse, à l’intérieur d’un tube aux parois de verre presque étroites pour ses épaules. Un masque relié à divers tuyaux couvrait son visage du nez au menton.
Drapés dans la dignité de blouses blanches, deux scientifiques s’agitaient sous l’œil inquisiteur d’une invitée de marque, une femme silencieuse à l’attitude rigide. Elle observait avec attention les médecins œuvrer, surtout l’homme au front plissé de rides de tension. Il pilotait un robot médical au moyen d’un joystick de commande. Déroulé depuis le haut du cylindre, l’engin équipé d’une nanocaméra nageait vers sa proie en renvoyant sur l’écran l’image de sa progression. Le câble mécanisé effleura le crâne lisse, descendit pour se positionner à sa base, proche de la première vertèbre cervicale. Quelques manœuvres complémentaires permirent de trouver l’angle adéquat avant qu’un dard effilé jaillisse, traverse la chair, fore l’os jusqu’à s’enfoncer dans la moelle.
Un frisson nerveux secoua le sujet endormi, sursaut d’orgueil instinctif face à cette énième intrusion corporelle. Une aiguille souple sortit de la pointe creuse, remonta jusqu’au bulbe rachidien pour libérer la corolle bleutée d’une substance gélatineuse, puis se retira afin de réintégrer son cocon inoxydable. Le robot retourna ensuite sagement se lover à sa place.
— Voilà, c’est fait, souffla l’homme aux lèvres étirées d’un sourire plein de suffisance. Tiens-toi prêt à enregistrer les réactions, Jonas.
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